dans la série des amours précaires

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Extrait du roman de Ternoise avec Amina et la sérénamour

LVIII Retour Amina

Elle est rentrée en taxi. Sans un mot, elle est partie se coucher. Après un rapide passage dans la salle de bains, elle est allée se coucher dans notre chambre ! Quand je l’ai vue, la pensée "elle vient reprendre ses affaires, va dormir dans le canapé ou la chambre de son fils" s’imposa. Mais elle est entrée dans notre chambre ! J’ai vidé la bouteille de Cointreau. Il n’en restait qu’un fond. Et je suis retourné devant l’ordinateur, j’ai repris son premier grand mail, du 24 juillet 2008, intitulé « Je t’en prie, sous le sceau de la confidence. »

« Bonjour Stéphane,

J’ai un peu visité les sites et lu ton concept de sérénamour et je m’y retrouve globalement.
C’est donc le sérénamour que je cherche depuis tant d’années ! Il suffisait juste que quelqu’un y mette un mot. Que je cherche, façon de parler car je ne cherche pas vraiment, je pense avoir trouvé mon âme sœur, seulement, je ne peux pas vivre le sérénamour avec lui.
Te raconter ma malheureuse rencontre ?
Oui j’en ai envie. J’ai vraiment envie de discuter de l’Amour avec toi. J’ai l’impression que tu peux me comprendre.
Un jour, mon regard a croisé celui d’un homme, un inconnu. Je l’ai trouvé... rien... Juste mon regard était attiré. Il fallait que je le regarde et que je lui trouve des défauts. Trop élégant, trop d’assurance, il rit trop fort... Non, vraiment pas mon genre... Mais pourtant, je le regarde. Me regarde-t-il lui ? Je ne sais pas, je ne crois pas que cela m’intéresse. Mon cœur ne bat pas plus que d’habitude, je ne suis pas particulièrement émue mais quelque chose me pousse vers lui. Je suis calme, sereine, je ne pense à rien de particulier... On finit de manger le petit-déjeuner, il faut aller à notre formation. Je me lève de table, il quitte la table d’en face qu’il occupait avec sa belle-sœur, on échange quelques mots à trois, sur la future formation, sur sa femme que j’ai déjà rencontrée à Djibouti, mon pays, sur Koweït, ville de notre stage, sur mon mari que sa belle-sœur a rencontré lors des corrections du bac aux émirats...
On échange, on s’étonne du circuit fermé des profs expatriés et du hasard des rencontres, on rit. Mais je sais que depuis cette minute, mon cœur est attaché à lui. Prise de conscience de cet Amour... mais quoi ? pourquoi ? comment ? Je suis mariée, j’ai un fils. Il est marié, il a deux enfants. Et puis nous habitons si loin l’un de l’autre... et lui ?
Pourquoi cette envie de pleurer ? Cette envie de mourir ? Mais je l’aime, je me répète en boucle, je l’aime. Cette certitude qui s’empare de moi, cette envie folle d’être dans ses bras, juste dans ses bras, y passer la nuit et puis oublier... oublier quoi ? ton fils ? ton mari ? sa famille ? Je ne sais pas au fait, tout ce que je sais, c’est que je l’aime... Je sors juste de ma chambre, je vais dans le hall en espérant juste qu’il vienne et qu’on se retrouve là... et nous avons passé la nuit ensemble. L’attirance irrésistible, ces 4 jours, l’amour impossible entre nous, sa famille, la mienne, l’impossibilité tout simplement. C’est l’heure de partir, je lui donne un baiser, un simple et chaste baiser qui me chavire, je suis déjà dans le taxi. Il se penche, me dit merci pour ce baiser, je murmure : un autre et je reprends ses lèvres. Il faut partir, tout est fini...
Décrire mon état ? Les jambes qui se dérobent, le cœur qui chavire, le ventre traversé d’éclairs, les yeux embués et...
Après, on a repris contact, on s’est aimés de loin, on s’est déchirés, c’était beau, c’était moche. Cela a duré plus de deux ans. Je me sépare de mon mari, lui reste avec sa femme pour ses enfants et a préféré couper tout contact avec moi. On a refait l’amour, juste une fois. C’était la plénitude. Il me manque, je me demande s’il ne vaut pas mieux mourir que de vivre une vie vide d’amour car je sais maintenant que j’aimerai si médiocrement un autre.
Mais je ne l’appelle pas. Je le laisse à sa vie car comme tu dis : je préfère l’attendre que d’être sa maîtresse mais il ne veut même pas que je l’attende, il ne veut pas être mon ami, il veut juste que je l’oublie. Je lui ai expliqué que cela n’est pas possible mais il croit que je dois et peux l’oublier. Arracher dans le vif dit-il, vivre son destin... c’est sa femme son destin, ses enfants, moi je ne suis rien... rien que l’amour mais l’amour n’est pas la priorité dit-il. Pour moi, si. C’est la seule raison qui vaut la peine d’être vécue : vivre simplement son amour, dans la sérénité, dans la joie... Je me sépare de mon mari parce que je sais qu’on ne peut vivre lui et moi dans la séranamour, on peut vivre dans une tendresse teintée d’indifférence mais certes pas dans la sérénamour. Alors, je divorce, à l’amiable, dans la sérénité.

Tu veux que je te raconte mon quotidien mais mon quotidien c’est juste un combat contre la tristesse. Continuer à aller de l’avant, sourire, rire, vivre, pour mon fils. J’ai un devoir envers lui, celui de lui offrir ma tendresse, mon sourire, ma présence... Celui de ne pas le priver de son enfance, celui d’être là pour lui, celui de remplir mon rôle de mère. Je n’ai pas le droit de me laisser aller, je vis donc pour lui et avec le sourire. Je me suis inscrite à ce site de rencontres pour ne pas me refermer complètement sur moi-même, pour ne pas fermer toutes les portes... Il y a beaucoup d’hommes, tu vas pas sombrer à cause d’un seul, si peu courageux : c’est ce que j’essaie de me dire... Cela marche-t-il ? Juste quand je suis très en colère contre lui. Sinon, je sais que c’est lui que j’aime et je trouve si triste de devoir l’oublier... Pourquoi devoir ? On pouvait pas sauvegarder cet Amour, même de loin, juste parce qu’il est là ? Pourquoi m’imposer cette souffrance ? Il l’a fait... Ça va faire 6 mois maintenant que je n’ai aucune nouvelle de lui.
Voilà je t’ai raconté ma pette histoire. Aurais-je été plus heureuse de ne pas l’avoir rencontré ? Je suis tentée de le penser parfois mais alors je pense à la même phrase que tu as citée : "j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui".
Et toi, raconte-moi aussi, ton quotidien, tes expériences d’amours ou d’Amour etc.
À bientôt
Amina » 
Après ce mail, elle passa de la troisième à la cinquième position dans ma liste des "femmes possibles." Mayline restait "naturellement" en tête, elle m’avait simplement mis "en pause", trop accaparée par sa procédure de divorce, la cohabitation dans la maison qu’ils devaient vendre...

Pourtant, c’est avec elle que la première rencontre fut parfaite, douce. J’arrivais avec une heure de retard à la gare de Brive mais elle m’y attendait encore, souriante et nous quittâmes la ville pour sa campagne, sans la moindre remontrance, avec des gestes tendres. Parler, marcher, s’embrasser, se caresser, envie de faire l’amour... Ce que l’on fit à l’hôtel la semaine suivante.
« C’est merveilleux, je t’aime, tu m’as sauvé la vie... je peux te parler de ce Philippe en souriant, il ne compte plus du tout pour moi, j’étais stupide... » Plusieurs fois, durant le premier mois, je lui demandais "Me trahiras-tu également ?" À chaque fois elle m’apporta la réponse espérée...

Finalement, vers minuit, elle dormait. Ou simulait très bien. Elle devait néanmoins s’être effondrée de fatigue. Je me suis masturbé en pensant à Fanny. C’est toujours à elle que "je m’adresse" dans les situations les plus pénibles. Fanny plus Cointreau, le meilleur cocktail pour trouver le sommeil ! À mon réveil, il faisait jour. Je me suis reproché de ne pas m’être couché dans le canapé. Mais le ronronnement du frigo m’est insupportable...


Lire Le roman de la révolution numérique.



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